Accueil

Ce qu' ILS en pensent...Le concept de propagation : une anomalie dans les fondements de la théorie électromagnétique ?L'évolution pré-relativiste de la Théorie et des Equations de MaxwellLes Equations de MAXWELL et les quanta originels

Les Equations de MAXWELL et la relativitéLes Equations de MAXWELL et les théories quantiquesSynthèseBibliographie

 

CHAPITRE 2

Le concept de propagation :

une anomalie dans les fondements de la théorie électromagnétique ?

 

2-1 Des interactions instantanées entre photons ?

Des expériences réalisées à l'Université de BERKELEY (1970), puis à l'Université d'ORSAY (1982) ont semblé confirmer certaines prévisions de la mécanique quantique en mettant en évidence une forme de couplage instantané entre particules corrélées dont on dit maintenant qu'elles sont " intriquées ". Des expériences réalisées depuis 1997 à l'Université de GENEVE ont fait franchir une nouvelle étape, particulièrement significative, dans cette voie. Deux photons jumeaux, produits par division d'un photon initial, sont envoyés par des fibres optiques sur des miroirs semi-transparents éloignés d'une dizaine de kilomètres l'un de l'autre. Les photons restent jumelés dans leur comportement vis à vis des miroirs: ils les traversent ensemble, ou se réfléchissent ensemble, alors qu'en l'absence d'une forme de couplage (ou d'un phénomène non prévu par les lois connues de la physique), les théories en vigueur conduiraient à prévoir un comportement aléatoire de chacun d'eux. L'existence d'un tel couplage représenterait une contradiction majeure avec la logique de la relativité et le concept de l'espace-temps dans leur interprétation actuelle. Cette situation ne fait que concrétiser un peu plus le débat entre les différentes approches des concepts fondamentaux de la physique, qui, pour une large part, s'est focalisé à partir de 1935 autour du Paradoxe EINSTEIN - PODOLSKY-ROSEN, de son expérience de pensée et des expériences réelles qui en ont pris la relève. En anticipant des situations de cette nature, Albert EINSTEIN considérait les interactions en cause comme des actions fantômes. Niels BOHR répondait à cela en postulant que la physique quantique est inséparable. Actuellement, les données expérimentales semblent contredire la position d'Albert EINSTEIN, mais ce n'est pas pour autant que le problème est résolu:

- ou bien il s'agit d'une forme de couplage et une interaction instantanée de cette nature remet en cause la relativité, au moins dans certains de ses aspects les plus fondamentaux,

- ou bien il s'agit d'un phénomène différent du couplage (le couplage implique habituellement un transfert d'énergie entre différents points de l'espace mais tel n'est pas le cas dans les phénomènes relevant de l'inséparabilité quantique) et la compréhension de ce phénomène, et des lois auxquelles il obéit, sont de première importance pour l'avancement de la Physique.

Il se trouve que d'autres données expérimentales ne semblent pas s'intégrer de façon totalement cohérente dans le cadre des théories existantes: c'est en particulier le cas des interférences. Depuis la découverte des lois de la mécanique ondulatoire, la théorie a montré et l'expérience a vérifié que les phénomènes interférentiels se produisent aussi bien avec des particules, notamment avec des électrons, qu'avec des photons. Il peut donc être instructif de réexaminer comment la théorie électromagnétique prévoit le comportement de l'électron lorsqu'il est susceptible d'entrer en interaction avec un ou plusieurs autres électrons et de comparer ce qui ressort de ces prévisions avec ce que l'expérience laisse percevoir de la réalité physique dans des situations sensibles. Or, analyser l'interaction d'un électron avec un autre électron dans les différentes configurations envisageables, c'est aussi réexaminer la validité des lois de l'électrodynamique, à leurs racines et dans tous leurs aspects, et c'est ce qui est entrepris ici.

2-2 Retour sur les interactions de couplage

Au milieu du XIXe siècle, le phénomène d'induction était déjà connu, mis en équations et mis en œuvre. Ses bases allaient conduire au développement de l'électrotechnique qui s'est poursuivi jusqu'à nos jours sans qu'apparaisse la moindre anomalie dans l'interprétation des phénomènes. Dans sa forme élémentaire, le processus physique correspond à la conversion, au travers de l'espace, d'énergie mécanique en énergie électrique par le déplacement d'un aimant en face d'un circuit conducteur et à la conversion d'énergie électrique en énergie mécanique à partir de la force exercée par un courant parcourant un circuit sur un aimant, un travail mécanique étant développé lorsque cette force est associée à un déplacement de l'aimant (ou du circuit). Les phénomènes concernés étaient interprétés initialement dans le cadre du concept d'interaction instantanée.

Lorsque les Expériences de HERTZ eurent démontré l'existence des ondes électromagnétiques, en concordance avec les prévisions de la Théorie de MAXWELL, le concept de propagation du champ électromagnétique a été introduit à la base de la théorie de l'électromagnétisme et du développement de la radioélectricité qui s'est effectué, pour l'essentiel, de façon indépendante de l'électrotechnique: dans un cas, la propagation était au menu quotidien des chercheurs, dans l'autre, elle n'était pas prise en compte ou bien elle était considérée comme introduisant des effets négligeables. On ne s'est pas aperçu alors que le concept de propagation, tel qu'il était mis en œuvre, était incompatible avec une interprétation satisfaisante de l'interaction de couplage par effet d'induction, comme cela apparaît dans la présentation suivante.

On considère l'aimant A en déplacement en face de la spire fixe S (figure2-1), cas particulier simplificateur d'un circuit conducteur. L'interprétation classique des phénomènes, et leur enseignement au niveau élémentaire, passent par un

Figure 2-1

enchaînement de relations de cause à effet : variation du flux du champ magnétique sur la surface de la spire, force électromotrice, donc courant induit dans la spire, champ magnétique de ce courant tendant à s'opposer au mouvement de l'aimant. Selon ce processus, l'énergie transférée à la spire est prélevée, soit sur le travail d'une force appliquée à l'aimant et qui équilibre la force de réaction du champ magnétique du courant induit pendant le déplacement de l'aimant, soit sur l'énergie cinétique de l'aimant, la force de réaction provoquant alors une diminution de sa vitesse, soit sur l'un et sur l'autre. Dans cette interprétation, satisfaisante pour les besoins de l'électrotechnique et dont la validité bénéficie des confirmations expérimentales sur plus d'un siècle et demi, on ne tient pas compte de la facette de la théorie qui implique la propagation. Pour analyser simplement l'impact de ce concept, on considère la configuration où l'aimant se déplace entre deux positions de repos, P1 et P2, dont les distances à la spire font que le champ du courant induit dans celle-ci ne peut réagir sur l'aimant, conformément à la théorie, que postérieurement à son immobilisation. Dans ces conditions, la théorie postule que l'aimant effectue son déplacement comme si la spire n'existait pas, alors que la variation inéluctable du flux du champ magnétique sur sa surface (prévue par la théorie mais supposée retardée) va impliquer un courant induit donc un transfert d'énergie qui n'aurait pas de source: la théorie présente une contradiction interne. Le cas du déplacement de l'aimant entre deux positions telles que son mouvement est terminé lorsque la réaction du courant induit intervient est particulièrement caractéristique, mais la contradiction interne à la théorie est sous-jacente dans tous les cas, dès lors que l'on prend en compte l'effet supposé de la propagation: l'énergie présente dans la spire dès que le courant induit commence à s'établir n'aurait pas de source jusqu'au moment où la réaction induit-inducteur interviendrait, après le délai de propagation.

La situation, qui vient d'être décrite, est la conséquence du cheminement théorique qui a introduit le concept de la propagation du champ électromagnétique. Examinons ce que recouvre ce concept en le confrontant à ce qu'il implique dans la configuration la plus simple correspondant à ses racines.

La charge q, venant de l'infini et parcourant l'axe x'x à la vitesse uniforme u, dans le vide, est en M à l'instant t (figure 2-2). Selon la théorie, le champ électromagnétique en P, au même instant t, a pour cause et pour source le passage de q en M0 au temps t0=t - M0P/c; le champ est supposé avoir été émis en M0 et s'être propagé dans l'espace, en particulier de M0 à P, pendant que q s'est déplacée de M0 à M.

Figure 2-2

 Figure 2-3

Les champs dépendent de la valeur de q, de celle de u, et des paramètres liés à M0 (position retardée): distance M0P et angle q0. Dès que le champ a quitté sa source, il en est déconnecté par la propagation, il devient un champ libre. Ce qui intervient sur q postérieurement à l'émission du champ, par exemple l'immobilisation de q dans la cible C (figure 2-3), n'a plus aucune action sur celui-ci: le champ émis en M0 va s'établir dans l'espace, et en particulier en P, de la même façon que si q avait poursuivi son déplacement sur sa trajectoire. Les champs et sont supposés être associés respectivement aux énergies volumiques e0E ²/2 et B²/2µ0 (avec les unités habituelles), et aux quantités de mouvement correspondantes. Ils présentent une particularité qui sera analysée au chapitre 3: bien que la théorie les fasse dépendre de la position retardée M0, ils s'expriment, de façon simple, en fonction de la position instantanée M de la charge, et le champ électrique est colinéaire avec M comme s'il s'agissait d'un champ instantané.

Pour examiner ce qu'implique la théorie, on la met en œuvre dans la configuration suivante (figure 2-4). La charge électrique q, quasi ponctuelle et supposée venir de l'infini, parcourt l'axe x'x dans le vide, à la vitesse u proche de celle de la lumière, jusqu'à une cible C dans laquelle elle s'immobilise en N, à l'instant t. Une spire, dont le circuit qu'elle constitue peut avoir une résistance infinie (circuit ouvert, par exemple) ou finie (circuit fermé, par exemple), est centrée sur P.

Figure 2-4

Le circuit de la spire reste à résistance infinie jusqu'à l'instant t où la charge q arrive en N; sa résistance R prend alors une valeur finie R0. Selon la théorie, en chacun des points successifs de sa trajectoire, q est la source d'un champ qui se propage dans l'espace comme indiqué précédemment. Lorsque la charge arrive en N, le champ qui atteint le point P', le plus proche de la spire, a été émis antérieurement, en M0, à un instant t0; ainsi, lorsque le champ supposé émis pendant le déplacement de q entre M0 et N parvient à la spire, il y trouve un circuit conducteur et il va y développer une force électromotrice, donc un courant, ce qui correspond à un transfert (supposé) d'énergie de la charge à la spire. Or, il n'existe aucune relation de cause à effet en fonction de laquelle cette énergie aurait pu être cédée par la charge puisque, pendant tout son déplacement jusqu'à son immobilisation, la spire, dont la résistance était infinie, était inexistante au point de vue électromagnétique vis à vis de la charge; celle-ci ne subissant aucune réaction de freinage, ne pouvait que rester à énergie constante.

Cette propagation présente une autre implication. Considérons le champ électromagnétique qui est supposé être émis, par une charge électrique en mouvement rectiligne uniforme, sur un segment AB de trajectoire (figure 2-5) et ce qui se passe au niveau de la surface d'une sphère S0 de rayon r0 englobant le segment AB. Dès lors que l'on considère que la charge émet un champ associé à de l'énergie en chaque point de sa trajectoire, cela correspond à un flux d'énergie qui traverse la surface de la sphère S0

Figure 2-5

Le champ varie en 1/r2 avec la distance, et l'énergie volumique, proportionnelle au carré du champ, varie en 1/r4, le flux d'énergie, correspondant au segment AB de la trajectoire, sur la surface de la sphère qui croît comme r2, décroît en 1/r2 avec la distance et, par conséquent, est nul à l'infini. Cela signifie que l'énergie qui est supposée avoir traversé la sphère de rayon r0 s'évanouit en s'enfonçant dans l'espace; il n'est pas possible que cela soit cohérent avec la réalité physique.

A posteriori, à l'aube du XXIe siècle, on n'imaginerait sans doute pas de postuler qu'une charge en mouvement rectiligne uniforme, donc à énergie constante, puisse émettre un champ en chacun des points de sa trajectoire, sachant que ce champ emporte avec lui de l'énergie et de la quantité de mouvement. Les chercheurs de l'époque ont œuvré en fonction des connaissances dont ils disposaient et, de prémisses inexactes en processus de compensation, ils ont fait en sorte que les choses avancent, au mieux des possibilités du moment.

L'exemple suivant, qui correspond à une configuration expérimentale réelle, va dans le même sens. Une source radioactive émet un électron bêta, e, en M0 (figure 2-6), dans le vide, sur l'axe M0x avec la vitesse u (relativiste), et il est immobilisé en N.

Figure 2-6

Une spire conductrice S est centrée sur P; la position de la spire est telle que l'électron est immobilisé dans la cible avant que le champ prévu par la théorie ne parvienne à la spire. Comme dans le cas de la charge de l'exemple de la figure 2-4, l'électron parcourt sa trajectoire comme si la spire n'existait pas, donc sans céder d'énergie à son profit, alors que la théorie prévoit un tel transfert après l'immobilisation de l'électron.

S'agissant d'électromagnétisme classique, tout l'ensemble théorique concerné repose sur les Équations de MAXWELL. C'est donc en analysant leur contenu, et ce qui en découle, que l'on peut espérer s'approcher d'une clarification des thèmes évoqués. Avant d'aborder cette phase théorique, il peut être utile de récapituler les éléments essentiels de l'approche effectuée ainsi que les résultats d'expériences déjà exploitables.

2-3 Les ramifications de l'interaction aimant-spire

Dans le cas de l'expérience aimant-spire (figure 2-1), lorsque l'on fait intervenir le temps de propagation, on ne sait plus interpréter l'interaction de couplage dans le cadre de la théorie existante; on est alors conduit à faire des hypothèses et à vérifier leur validité. Depuis plus d'un siècle et demi, temps pendant lequel on a mis en pratique le phénomène d'induction, on n'a jamais observé, expérimentalement, qu'une variation de distance aimant-spire ne produise pas de variation du champ magnétique au niveau de la spire et ne produise pas de force électromotrice engendrant un courant si le circuit est conducteur. On n'a jamais observé que le champ magnétique du courant induit dans la spire n'intervienne pas en opposition au déplacement de l'aimant, assurant ainsi le transfert d'énergie impliqué par la présence du courant dans la spire. Par contre, l'expérience n'a jamais vérifié que des délais de propagation interviennent dans ce processus: la propagation du champ électromagnétique prévue par la Théorie de MAXWELL a semblé être vérifiée par l'existence des ondes électromagnétiques, mais celles-ci interviennent dans le cadre du phénomène de rayonnement d'énergie, ce qui suppose que les charges qui émettent le rayonnement subissent une accélération de niveau suffisant. Ce n'est pas le cas de l'exemple de la figure 2-1, ni le cas de l'exemple de la figure 2-6. En effet, on peut alors admettre que la création de l'électron bêta soit associée à une accélération qui lui communique sa vitesse initiale dans le référentiel où l'on fait l'observation; mais ce phénomène est de durée extrêmement courte par rapport au temps de déplacement de l'électron que l'on peut imaginer ensuite poursuivant sa trajectoire jusqu'à l'infini du temps et de l'espace. S'il y a une interaction avec un circuit conducteur, avant que l'électron ne soit intercepté par une cible, c'est pendant tout le parcours, entre l'instant d'émission et l'immobilisation dans la cible, que l'électron est la source d'un champ de couplage et c'est cette interaction-là qui pose problème, en dehors de tout phénomène de rayonnement d'énergie. Donc, lorsque le processus de couplage par induction fait apparaître une contradiction dans la théorie, c'est l'élément du processus qui n'a pas fait l'objet de vérifications expérimentales directes qu'il convient de mettre en doute, en l'occurrence la propagation du champ dans les conditions concernées. En première analyse, la contradiction interne semble ne pouvoir être levée qu'en admettant que le champ de l'aimant se déplace en bloc avec lui, ce qui revient à exclure l'intervention de la propagation dans un phénomène physique de cette nature. On entre alors dans un remaniement considérable des fondements conceptuels de la Physique et l'on doit s'attendre à y rencontrer d'autres facettes d'une réalité physique très différente de ce que l'on a imaginé. On doit considérer, en effet, que des interactions de couplage ont été mises en œuvre dans des configurations relevant aussi bien du domaine de l'électrotechnique que de celui de la radioélectricité, avec de multiples circonstances qui auraient permis de vérifier l'existence d'éventuelles interactions instantanées; cela n'a pas été le cas, d'où le postulat qui a émergé d'une façon qui semblait relever de l'évidence: " L'expérience montre que les interactions instantanées n'existent pas dans la nature (12)." Cette situation a conduit à poursuivre l'analyse dans la voie suivante.

Dans l'expérience de la figure 2-1, au lieu d'examiner les conditions d'interaction entre un aimant et une spire, on peut remplacer l'aimant par une seconde spire parcourue par un courant continu de valeur fixe, et faire la même analyse conduisant aux mêmes conclusions lors de l'interprétation des phénomènes associés au déplacement de la spire inductrice. Mais maintenant, au lieu de créer le phénomène d'induction par une variation de la distance entre la spire inductrice et la spire induite, on va s'intéresser aux conséquences de la variation de champ magnétique qui résulterait de l'établissement du courant dans la spire inductrice, à partir d'un instant donné. La force électromotrice qui va s'établir dans la spire induite va-t-elle être concomitante avec l'établissement du courant dans la spire inductrice de façon similaire à ce qui vient d'être supposé dans le cas du déplacement de celle-ci, ou retardée comme le prévoit la théorie classique? Des expériences de cette nature ont été réalisées bien des fois, en dehors du cadre de ces recherches et aussi dans le cadre de celles-ci, et elles n'ont pas fait apparaître d'anomalie de même nature que celle qui découle de l'analyse de l'interaction aimant-spire. Dans les deux cas, il y a bien variation du champ magnétique, mais correspond-elle à la même réalité physique?

2-4 Une expérience préliminaire et son interprétation.

Afin de disposer de données expérimentales mettant en évidence la réalité physique dans sa forme le plus élémentaire, compte tenu de ce qui précède, l'expérience suivante a été réalisée.

La sphère S1 (figure 2-7) est initialement en équilibre électrique ainsi que le conducteur qui la relie à l'interrupteur I (un circuit électronique, en fait), celui-ci étant ouvert. Quand on le ferme, la source U modifie la répartition des électrons de conduction entre les sphères S0 et S1.

Figure 2-7

Dans la configuration de la figure, partant d'un état d'équilibre protons-électrons dont les champs s'annulent dans l'espace, la fermeture de l'interrupteur déclenche le mouvement d'un certain nombre d'électrons de conduction de la sphère S1 vers la sphère S0 et le champ des protons de la matière n'est plus totalement compensé par le champ d'un nombre équivalent d'électrons. L'état électrique de l'espace au point A1 étant modifié à l'instant t1, l'observation de la modification de l'état électrique en A2 à la distance r de A1, doit montrer si celle-ci intervient à l'instant t1 ou à l'instant t1 + r/c. Le retard de propagation, s'il existe, est de l'ordre de trois nanosecondes pour une distance de un mètre entre A1 et A2. Comme cette expérience implique des impulsions de tension suffisamment brèves, le circuit rayonne mais le champ de rayonnement est soumis à la propagation. Il est donc facile de voir si le Champ de COULOMB résultant des charges qui ne sont plus équilibrées par des charges de signe contraire échappe à ce temps de propagation. Or, cette expérience montre que la variation du champ qui intervient en A2 est retardée de r/c par rapport à celle qui intervient en A1.

En l'état actuel des choses, l'interprétation qui est faite ici est la suivante. On considère que le couplage électromagnétique et les interactions entre particules corrélées appartiennent à la même classe de phénomènes. Ainsi, il y a une condition préalable pour qu'une interaction de couplage ait lieu: il faut que les éléments en interaction soient en état de corrélation et la corrélation s'établit par un phénomène de propagation qui implique un délai en r/c. Dans le cas de l'électron du rayonnement bêta, qui est le plus caractéristique par sa simplicité, la corrélation n'est pas établie entre l'électron qui vient d'être émis et les électrons de conduction de la spire S; il ne peut donc pas y avoir d'interaction dès l'instant d'émission. Il en est de même dans le cas de la configuration de la figure 2-7: la corrélation entre les charges (électrons et protons) de la sphère S1 et les charges des éléments de détection en A1 et A2 ne peut s'établir qu'après propagation de l'état correspondant, à partir des instants où les charges des deux signes cessent de se neutraliser, aux différents points du conducteur. Cette interprétation présente un caractère hypothétique qui implique une confirmation expérimentale: il s'agit d'une voie nouvelle dans laquelle presque tout reste à découvrir. Les expériences, qui vont être décrites, très schématiquement, pourraient constituer les toutes premières étapes dans cette voie.

2-5 Les développements expérimentaux

La clarification décisive peut émaner d'un ensemble d'expériences relevant de la même orientation que celle de la figure 2-6, mais réalisables plus simplement et plus efficacement avec des charges récurrentes quasi-ponctuelles, constituées d'électrons émanant d'un accélérateur de particules (figure 2-8); cela conduit à préciser certains points par rapport à ce qui a été dit précédemment.

On verra (chapitre 5) que c'est l'analyse des phénomènes physiques qui interviennent dans le mouvement relatif d'un aimant et d'un conducteur qui a servi de support initial à Albert EINSTEIN pour développer la théorie de la relativité. On verra aussi que, s'il s'était appuyé sur l'interaction de l'aimant avec un circuit fermé, une spire conductrice par exemple, dans lequel un courant induit aurait caractérisé le transfert d'énergie, (au lieu de se limiter à considérer l'exemple d'un conducteur), il serait sans doute parvenu à des résultats différents, évitant certaines anomalies que l'on rencontre maintenant. Les problèmes évoqués ici conduisent à réexaminer la loi d'établissement de la force électromotrice induite engendrant le courant dans une spire conductrice. Cette f.e.m. peut être exprimée identiquement en calculant la circulation du champ électrique sur le contour de la spire ou la dérivée du flux du champ magnétique sur sa surface: cela revient à exprimer de façon différente, au plan mathématique, une seule et même réalité physique, et implique que le cheminement par le champ magnétique n'exprime rien d'autre que celui par le champ électrique. La clarification qu'il s'agit d'obtenir par l'expérimentation étant liée à une meilleure connaissance de la loi d'établissement du champ électromagnétique en fonction des paramètres définissant ses sources et leur évolution dans le temps et dans l'espace, toute méthode de détection du champ sous sa forme électrique ou magnétique est aussi valable que celle qui s'appuie sur l'observation de la f.e.m. ou du courant dans un circuit conducteur. Toutefois, nous garderons le schéma du circuit conducteur caractérisé par une spire, parce que c'est celui qui évoque, le plus simplement et le plus complètement, le transfert d'énergie et tout ce qu'il implique.

Les charges électriques engendrées par l'accélérateur d'électrons restent sous écran jusqu'au point de sortie M0, à l'instant t0, en ne créant, jusque là, aucun champ électromagnétique à l'extérieur de l'écran. Ensuite, elles se déplacent dans le vide à une vitesse u proche de c. Ces charges peuvent induire un courant dans une spire conductrice centrée sur le point P et elles peuvent être immobilisées dans une cible C. Cette configuration permet un ensemble d'expériences cruciales.

Figure 2-8

La première expérience reprend celle proposée avec l'électron bêta de la figure 2-6. La charge quasi-ponctuelle, sortant du blindage électromagnétique qui l'entoure en M0, à partir de l'instant t0, se déplace en mouvement libre vers la cible C qu'elle atteint en N, avant que tout signal qui aurait été émis à l'instant t0, et se propageant à la vitesse de la lumière, ait atteint le point P et son environnement immédiat. Cela implique que, même s'il y a un circuit dissipatif en P et dans son environnement immédiat, il ne sera pas concerné par le mouvement de la charge, dans le cadre de la théorie en vigueur, puisque la charge aura effectué son déplacement comme si le circuit n'existait pas. Quand la charge est immobilisée dans la cible, elle ne dispose plus d'aucune forme d'énergie qui puisse être transférée à la spire. Cela implique qu'il n'apparaisse pas de champ variable en P, susceptible d'induire un courant dans un circuit ; c'est contraire à ce que prévoit la théorie en vigueur, selon laquelle un champ retardé parviendrait en P, ayant été émis à partir de chacun des points de la trajectoire de la charge. Une telle expérience pourra montrer comment la réalité physique se manifeste et si elle confirme l'hypothèse, faite ici, selon laquelle il y a une anomalie dans la théorie qui implique la propagation du champ libre. En tout état de cause, quel que soit le résultat d'une telle expérience, son interprétation sera du plus haut intérêt.

L'hypothèse présentée ci-dessus concernant l'intervention d'un état de corrélation entre la charge et le circuit peut être vérifiée dans les conditions suivantes. On garde la même configuration (figure 2-8) mais la vitesse de la charge est réduite (u / c = 0,5 par exemple). Dans ces conditions, un signal quittant la charge en M0, à partir de l'instant t0, parvient en P et dans ses environs immédiats avant que la charge soit immobilisée. Selon les hypothèses faites ici, le champ de la charge est présent en P à partir de l'instant t0 +M0P/c, et va développer une f.e.m. et un courant induits dans la spire. La force électromotrice s'établit alors dans le circuit en fonction de la valeur du champ prévu mathématiquement par la théorie classique, en fonction de la position instantanée de la charge. Lorsque la force électromotrice est établie, si la charge est ralentie ou immobilisée dans la cible C, la f.e.m. évolue instantanément en fonction de la variation de vitesse de la charge. La vérification de la validité de ces prévisions peut se faire par l'observation simultanée des paramètres concernant la position de la charge et la valeur du champ électromagnétique en P. L'aspect le plus simple et le plus significatif, concernant les hypothèses qui sont faites ici, correspond au fait que lorsque la charge est immobilisée, sa vitesse s'annulant dans un intervalle de temps Dt, la f.e.m. s'annule pendant le même intervalle Dt. Il en serait de même pour des variations de la vitesse, quelle qu'en soit l'amplitude et la durée.

Il est bien clair que cette démarche conduit à une physique très différente de celle que l'on imagine actuellement et s'ouvre sur un univers à découvrir. Sans doute serait-il possible d'aller beaucoup plus loin dans les supputations concernant les modalités de l'intervention de l'état de corrélation, mais si on prend en considération le fait que l'expérimentation peut apporter un faisceau de données immédiatement exploitables pour étayer la théorie sur la réalité physique, il serait peu productif de ne pas commencer par là. L'objectif du présent travail n'est pas d'explorer cette voie mais de montrer qu'elle existe et de commencer à l'ouvrir

Il faut remarquer que les problèmes qui viennent d'être évoqués relèvent de l'électromagnétisme classique, macroscopique et déterministe. Il est admis, maintenant, que ces phénomènes constituent l'aspect statistique de phénomènes qui se déroulent à l'échelle microscopique et qui sont régis par les lois de la mécanique quantique. Il n'y a là rien d'incompatible avec ce qui précède. Le raccordement de la situation actuelle avec ce qui découle de la mécanique quantique sera évoqué dans le chapitre 6.